Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : D.A.L - Bordeaux
  • D.A.L - Bordeaux
  • : Droit Au Logement pour toutes et tous !
  • Contact

Contacter le D.A.L33 ?

Le D.A.L33 se réunit tous les lundis
19h30
Place St Michel
Ou 8 rue de La Course
à Bordeaux

dal33gironde@gmail.com
06 95 43 53 23

Et sur facebook :
klik !

Recherche

Actu du D.A.L33

REQUISITION GO !
Chassez les immeubles vides et
capturez-les au mail suivant :

requisition33@gmail.com

Infos : klik !

31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 15:13
Violences policières - Classement sans suite pour Raymond Gurême

Une pétition en ligne ici :
http://www.petitions24.net/solidarite_avec_raymond_gureme

****
Depuis Dépèches Tsiganes le 18 janvier 2015

Le parquet de la Cour d’appel du Tribunal de Grande Instance d’Evry a, dans un courrier daté du 12 janvier 2015, signifié à M. Raymond Gurême, ancien résistant et rescapé de camps en France et en Allemagne, un avis de classement sans suite de sa plainte pour violences déposée en septembre 2014 contre des policiers du département à la suite d’une intervention sur son terrain.

M. Gurême, voyageur âgé de 89 ans, accuse un policier de lui avoir asséné plusieurs coups avec une matraque télescopique alors qu’il se trouvait dans sa caravane, que ce policier voulait fouiller sans mandat. Il affirme que ce même policier l’a ensuite jeté sans ménagement à l’extérieur de sa caravane et a continué à le frapper, aidé d’un collègue. A la suite de cette intervention policière sur son terrain qui ne le regardait pas directement, Raymond Gurême présentait de nombreuses traces de coups, des contusions et a souffert de vertiges et de troubles de la vue. Son médecin traitant avait noté dans deux certificats médicaux distincts de multiples ecchymoses, hématomes et contusions.

Quatre de ses enfants et petits-enfants, qui affirment avoir voulu le défendre, ont été arrêtés et condamnés pour « outrage et rébellion ». Ils ont fait appel.

La commissaire d’Arpajon, qui ne se trouvait pas sur place lorsque M. Gurême dit avoir été frappé, a assuré dans un rapport qu’aucune violence n’avait été commise sur la personne de cet ancien résistant, figure du monde du voyage et chevalier des Arts et Lettres, sans pour autant expliquer les traces de coups.

Dans l’avis de classement reçu vendredi 16 janvier par M. Gurême et dont les Dépêches tsiganes ont obtenu copie, le procureur de la République d’Evry estime dans une formulation type que « l’examen de cette procédure ne justifie pas de poursuite pénale au motif que : les faits ou les circonstances des faits dont vous vous êtes plaint n’ont pu être clairement établis par l’enquête. Les preuves ne sont donc pas suffisantes pour que l’affaire soit jugée par un tribunal ».

« Elle est belle la justice ! », a réagi Raymond Gurême, jugeant cette décision d’enterrer l’affaire « révoltante ». « J’ai 89 ans et j’ai reçu des coups de la part de jeunes policiers, j’avais des traces qui ont effrayé tout le monde sauf la justice apparemment », a-t’il ajouté, se disant déterminé à « continuer le combat pour une vraie justice qui ne se mette pas systématiquement du côté de la police ».

Les organisations de défense des droits de l’Homme au plan national et international le pointent régulièrement : il est très difficile voire quasi-impossible en France de porter plainte contre des forces de police, de gendarmerie, ou des militaires sans que cette plainte ne soit systématiquement classée sans suite ou que le citoyen concerné ne doive s’engager dans une lutte de David contre Goliath pendant des années.

Dans le cas de M. Gurême, le cheminement même de la plainte a été pour le moins troublant.

Ainsi lorsque cet homme de 89 ans avait porté plainte à la gendarmerie d’Egly (Essonne), le 24 septembre aucune réquisition pour un rendez-vous à l’Unité de consultations médico-judiciaires (UCMJ) d’Evry, seul service habilité à faire des constatations spécialisées et à lui délivrer des jours d’ITT (Incapacité totale de travail), ne lui avait été remise. Pas davantage par la procureur d’Evry qui avait ouvert une enquête confiée à la commission de déontologie départementale, soit la police départementale chargée d’enquêter sur…des forces de police du département.

Après une pétition en faveur de M. Gurême ayant recueilli plusieurs milliers de signatures et des interventions à divers niveaux politiques, M. Gurême avait finalement été examiné lundi 20 octobre par un médecin de l’Unité de consultations médico-judiciaires d’Evry (Essonne), près d’un mois après l’intervention policière en cause, le 23 septembre.

Cette affaire de rendez-vous médico-judiciaire laissait craindre au défenseur de M. Gurême et à ses soutiens que l’enquête ne soit rapidement enterrée, alors qu’il est toujours difficile en France pour un citoyen de faire valoir ses droits en cas d’abus de pouvoir des forces de police.

Le climat actuel après les attentats meurtriers de la semaine du 7 janvier, et notamment le meurtre à bout portant d’un policier à vélo et d’une jeune policière municipale a créé une vague de sympathie sans précédent à l’égard des forces de l’ordre en France qui laisse présager des difficultés supplémentaires pour M. Gurême et les citoyens qui souhaitent voir sanctionner des abus dans les rangs de la police.

Ce classement sans suite de la plainte d’un voyageur presque nonagénaire est susceptible de susciter de nombreuses réactions d’indignation étant donné les multiples soutiens qui lui avaient été apportés après l’agression dont il accuse la police.

« Le classement sans suite de la plainte de Raymond est révoltant. Ce n’est pas la première fois que la justice couvre des violences policières, mais ce n’est pas une raison pour s’y habituer. Bien au contraire, et comme Raymond le dit souvent: +il ne faut pas lâcher+ », a réagi Saimir Mile, président de la Voix des Rroms, dans un texte adressé à Dépêches tsiganes. « Avec Raymond, son président d’honneur, La voix des Rroms restera mobilisée jusqu’au bout pour que la justice l’emporte sur la brutalité », a-t’il ajouté. Ceci pour Raymond évidemment, mais aussi pour toutes les autres victimes des violences policières ».

« On est choqués que les faits subis par R. Gurême n’aient pas permis que sa parole, à ce stade de la procédure, soit entendue et que celle de la police (avec l’impact de la hiérarchie des mis en cause) ait eu un poids plus conséquent », a pour sa part souligné Marc Béziat, Délégué général de l’Association Nationale des Gens du Voyage Catholique (ANGVC), dans une réaction écrite pour Dépêches tsiganes. « La même conclusion en audience de jugement, même si elle pourrait sembler injuste à l’intéressé, n’aurait pas le même impact car la justice n’aurait pas été contournée. »

M. Gurême, qui a eu des rapports tendus avec la police et la justice après l’internement arbitraire de toute sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale, s’est tu pendant 70 ans sur ce qu’il avait subi de la part de policiers et gendarmes français avant de raconter son histoire dans un livre, puis de témoigner dans des collèges et lycées, des centres d’histoire et de culture de par le monde.

Dans le monde du voyage et chez les Roms, on respecte les anciens pour leur expérience et leur savoir, pour leurs pouvoirs de transmission aussi. C’est ainsi qu’à l’été 2014, à Cracovie, en Pologne, M. Gurême avait été mis à l’honneur par de jeunes Roms venus de toute l’Europe et des Etats-Unis lors d’une rencontre riche et digne.

« Je ne suis pas fondamentalement surpris par le fonctionnement de la justice », a pour sa part souligné Irvin Mujcic, survivant du massacre de Srebrenica (est de la Bosnie), qui a noué des liens très forts avec M. Gurême depuis leur rencontre à Cracovie. « Si l’on examine les décisions de justice en rapport avec le massacre qui s’est produit à Srebrenica, ma ville d’origine, on pourrait avoir l’impression que 9.000 personnes ont décidé de ce suicider ce 11 juillet-là car aucun responsable n’a été condamné. C’est la même chose dans le cas de Raymond, la justice doit estimer qu’il s’est frappé lui-même…

Ce qui est absurde à mon sens est l’absence de réaction des jeunes Français dans cette affaire… pratiquement personne ne se lève pour défendre Raymond, un survivant de l’internement et de l’Holocauste, un combattant qui a versé son sang pour que la France soit libérée de l’occupation nazi, un des résistants qui ont permis aux jeunes générations de profiter de la liberté, un symbole universel des valeurs humaines…

Des millions de personnes sont descendues dans la rue la semaine dernière derrière l’appel « Je suis Charlie » (après l’attentat qui a tué 12 personnes à l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo à Paris), où sont ces mêmes personnes quand il s’agit de défendre un véritable symbole de la liberté comme Raymond ? Combien d’entre eux seraient prêts à dire à présent +Je suis Raymond+ ».

« Le fait que la plainte de Raymond ait été enterrée montre clairement à quel point l’antitsiganisme est ancré pronfondémment en Europe, et notamment dans les systèmes policier et judiciaire européens. TernYpe exprime toute sa solidarité et soutient Raymond dans sa quête de justice, mais aussi tous les Roms qui souffrent de racisme et de violence de la part de la police et des institutions et dont les plaintes ne sont pas rendues publiques. Nous demandons aux autorités et aux institutions européennes de prendre des mesures contre l’antitsiganisme et de permettre des poursuites dans cette affaire de violences policières. »

Décidé à « continuer le combat » comme il l’a signifié à Dépêches tsiganes, M. Gurême et son avocat Henri Braun, disposent désormais de plusieurs possibilités pour obtenir des poursuites judiciaires contre les policiers incriminés.

Ils peuvent contester la décision de classement en adressant un courrier motivé à la cour d’appel d’Evry. Ils peuvent également passer outre la décision de classement via un procès pénal en saisissant la juridiction compétente par voie de citation directe ou en demandant l’ouverture d’une information judiciaire par le biais d’une constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction. Toutes ses procédures sont longues et incertaines.

Au civil, M. Gurême a également la possibilité de réclamer le paiement de dommages et intérêts. « Mais ce n’est pas de l’argent que je veux », souligne M. Gurême, « c’est obtenir justice ».

« Il serait temps que l’Etat défende les citoyens contre les agressions policières. Peut-on tolérer qu’un ancien résistant et interné, âgé de 89 ans, soit brutalisé par la police ? Nous irons jusqu’au bout pour que les responsables soient jugés », a affirmé Me Henri Braun à Dépêches tsiganes.

Isabelle Ligner

Source :
http://www.depechestsiganes.fr/violences-policieres-classement-sans-suite-de-la-plainte-de-raymond-gureme-89-ans/

Partager cet article

Repost 0
Publié par Droit Au Logement - Bordeaux - dans Divers Faits